Du langage du corps à la parole.

J’ai observé longtemps comment les jeunes enfants communiquent avant d’avoir la parole. Ce langage du corps, pré-verbal, peut nous aider à mieux les comprendre. Mais il faut savoir le décrypter.

J’entends parfois certain parents  dire « celui là, il sait ce qu’il  veut ».  Ce qui veut dire que l’enfant a exprimé bruyamment et finalement avec colère une demande qui  n’avait pas été comprise du premier coup, ou qu’il est insistant dans sa demande. Ce langage, oublié par nous  depuis que nous manions l’art de la parole, nous semble trop souvent incompréhensible. Comment l’enfant qui ne possède pas le langage verbal peut-il s’exprimer pour communiquer, c’est à dire pour obtenir ce qu’il veut la plupart du temps, mais aussi, nous le verrons, juste pour nous dire qu’il a compris ce que nous lui demandons ?

Je vais à travers des situations courantes,  tenter de traduire ce langage.

Quand ils font « ça » qu’est-ce qu’ils nous disent ?

Vers 9 ou 10 mois, l’enfant commence à jeter ce qu’il a dans la main, généralement il le fait lorsqu’il est en train de manger, lorsqu’il est assis dans sa chaise haute, car cela donne plus de distance à l’objet  jeté que lorsqu’il est assis sur un tapis, par exemple. Il a plus de mobilité et de force dans le bras et peut tester son geste avec plaisir. Ce qui nous demande parfois de ramasser la cuillère ou le doudou, ou la serviette, plusieurs fois durant le repas.

Rappelez vous qu’à cet âge-là, il a très peu de mobilité.

Il va répéter ce geste autant de fois qu’il en a besoin pour calmer son anxiété. L’objet disparaît et vous le faites réapparaître. Vous lui confirmez que vous maitrisez la situation. Il peut vous faire confiance. Même si nous avons l’impression qu’il joue, l’enfant n’a pas la même conception du jeu que nous. Pour lui tout est jeu , tout est nouveau, il est dans l’exploration.

Il adorera, à cette étape de son développement jouer à cache-cache, « je disparais,  je réapparais ». Mais aussi  éparpiller les choses et  vous observez les rassembler. Il vérifie votre compétence à réunir les choses.  A  le réunir « lui » à « vous ». Il se rassure pour grandir.

Plus grand, à l’âge de la découverte de la marche, il est dans le développement psychomoteur, et selon les réactions des adultes , il se sentira suffisamment en sécurité pour faire ses expériences.

Là encore, j’ai observé un jour, une maman inquiète qui ramenait sans cesse son enfant auprès d’elle, il avait un an et essayait toujours, dès qu’elle le lâchait, de franchir et de refranchir la porte où se trouvait une petite marche de 5 cm. J’observais ce petit garçon, et je le voyais avoir un  certain plaisir à ressentir le poids de son corps qui passait d’une jambe à l’autre pour pouvoir monter cette petite marche seul. Il passait sur le pied gauche, puis sur le pied droit sans franchir la porte, se tenant au rebord intérieur de la porte. J’observais toute la concentration qu’il y mettait, et le plaisir qu’il avait à maitriser cette situation. Cette maman inquiète stoppait son expérience régulièrement en lui disant qu’il allait tomber, qu’il allait se faire mal, que c’était dangereux, bref elle lui disait ses peurs.

« Ils aiment taper et crier »,  une triste façon pour eux de dire à quel point ils se sentent impuissants, face à leurs émotions, face à leurs angoisses, face à nous parfois.

Donnons leur l’occasion de taper pour exprimer leur colère, leur frustration, tout en mettant des mots.  Montrez que c’est possible d’exprimer des émotions, que ce n’est pas dangereux. Donnez leur des balles à jeter,  des jeux à démolir,  ou faites un atelier pâte à modeler, laissez les malmener leur boule de terre ou de pâte à sel.

Jouer avec l’enfant, c’est l’accompagner dans l’apprentissage de la vie.

Vers un an et demi , deux ans… »ils veulent toujours fermer et ouvrir les portes, allumer et éteindre la lumière, ouvrir et fermer les robinets, Je me fâche , mais cela ne marche pas. »

Qu’est-ce qu’il est en train de nous dire à travers ce « jeu » ?

Comme nous l’avons vu plus haut, l’enfant  nous montre où il en est de son développement à travers les jeux  qu’il va choisir, qu’il va répéter,  reproduire durant des périodes plus ou moins longues.

A travers cet entêtement à vouloir seul ouvrir et fermer les portes et les tiroirs, il nous montre qu’il est de plus en plus conscient dans ses ressentis de la possible maîtrise de ses sphincters. Il commence l’apprentissage de la propreté. « J’ouvre, je ferme ».

Ceci bien sûr durera plusieurs mois avant que l’enfant soit réellement autonome à ce sujet.

il va vous demander plusieurs fois d’aller sur le pot, si il est déjà familiariser avec l’objet.

Il va attendre que vous lui enleviez la couche, il va s’assoir, il va rester deux minutes, ou à peine, se relever vous faire comprendre qu’il a fini. Au bout de plusieurs fois cela a tendance à nous énerver , car on se demande si il ne se moque pas de nous. Il est juste en train de vous dire qu’il a compris ce que vous attendez de lui, cela ne veut pas dire qu’il est suffisamment prêt à lâcher prise pour pouvoir faire ses besoins sans la couche.

Plus vous le rassurez dans ces apprentissages, et  vous lui dites que « c’est bien qu’il a compris. » plus votre enfant pourra explorer cette étape de son développement en confiance et avec bienveillance.

Tous ces comportements que je viens de citer peuvent s’exprimer longtemps à travers les jeux de l’enfant, tant qu’il ne se sent pas suffisamment en sécurité pour grandir.

L’enfant se sent en sécurité lorsqu’il se sent compris.

Lorsque mon fils avait un an, il allait directement dès qu’il était sorti de son lit vers une grosse plante verte que nous avions dans le salon. Et je passais mon temps, à lui dire NON on ne touche pas, NON on ne va pas là. Mais les jours passaient et il continuait de se diriger droit vers la plante dès son réveil en me regardant droit dans les yeux , en avançant et en pointant son petit doigt vers la plante avec un grand sourire.

Je trouvais bien sûr qu’il exagérait, et me fâchais plusieurs fois en répétant NON, NON, le dirigeant vers un autre coin du salon. Fatiguée par mon impuissance à lui faire comprendre quelque chose, je me suis demandé si  lui, voulait me dire quelque chose, et je l’ai écouté avec toute mon attention.

C’est à ce moment que j’ai changé de tactique, j’ai dit OUI.. Je luis dis alors, dès qu’il recommença à se diriger vers la plante en me regardant. « OUI c’est bien OUI, tu as bien compris c’est bien là où il ne faut pas aller, OUI  il ne faut pas toucher tu as compris. . Oui, c’est bien. »

Il fit alors demi-tour et ne revint plus jamais mettre les mains dans la terre.

J’ai su alors qu’avec des efforts considérables, ils essaient de communiquer avec nous, de nous montrer tout les efforts qu’ils font pour s’adapter sans cesse.

Lorsque nous prenons le temps de les observer avec attention, ils nous indiquent souvent le chemin à suivre pour les accompagner.

*(voir articles -Comment l’enfant fait l’apprentissage de la nourriture et Prise de pouvoir ou accompagnement)

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