La fessée ou faut-il battre les enfants ?

Une ONG anglaise, a demandé au Conseil de l’Europe de sanctionner la France, sur sa non prise de position concernant la fessée .

En effet le 10 Septembre 2008, à Stockholm, le conseil de l’Europe, lors de la conférence sur les droits des enfants, lance un appel visant à interdire les châtiments corporels sur les enfants, estimant que « les enfants ont au même titre que les adultes, le droit au respect de leur dignité et de leur intégrité physique. »

Le 25 Juin 2009 une campagne intitulée « levez la main contre la fessée » vise à abolir tout châtiments corporels sur tout le continent européen, « une tolérance zéro, ni baffe, claque , gifle, qui sont assimilées à des mauvais traitements, des humiliations » .

Un positionnement clair, l’Europe souhaite donc « éliminer toute justification ou exception existante pour que le droit pénal sur les agressions s’applique également aux agressions punitives contre les enfants » elle demande aux Etats, « d’indiquer sans la moindre équivoque qu’il est tout aussi illégal de « frapper », « gifler » ou « fesser » un enfant qu’un adulte » et surtout « aucune religion, croyance, situation économique ou méthode éducative  ne saurait le justifier. »

Mars 2015, aujourd’hui en France, des hommes politiques et  certains professionnels de l’enfance,  ne veulent toujours pas reconnaître que la fessée est un châtiment corporel.

La France est un des derniers états européens, à utiliser la fessée, huit français sur dix avouent  la pratiquer.

Les arguments :

« une fessée cela n’a jamais tué personne »

« oui j’ai reçu des fessées et je n’en suis pas morte » « Je les ai méritées « 

« Il y a fessée et fessée »

« Ce n’est pas pour lui faire mal , c’est juste pour lui faire honte »

« quand on rentre du travail et que l’on est fatigué , énervé c’est normal que ça parte »

« une fessée de temps en temps, ça recadre »

« L’enfant quand il n’a pas l’âge de raison , c’est comme un animal , la souffrance et la peur peuvent le ramener à la raison »

Je souhaite que les personnes qui nous gouvernent atteignent rapidement  l’âge de raison, car nous observons aujourd’hui les effets de la souffrance et de la peur comme méthode éducative sur  nos enfants.

Le Dr Jacqueline Cornet , auteure de « Faut-il battre les enfants » met en évidence une relation très forte, entre la maltraitance et la plupart des comportements humains problématiques. non seulement les maladies psychosomatiques mais aussi délinquance, agressivité, dépressions, tentatives de suicide, abus d’alcool ou de drogues, violences conjugales, homicides.. »..

La maltraitance touche à l’intégrité physique et morale de l’enfant, elle interfère dans sa construction identitaire, basée sur l’estime de soi.

Cet enfant se vit comme quelqu’un de mauvais qui mérite ces châtiments. Devenu adulte ce n’est pas rare qu’il ou elle rencontre dans son entourage des situations professionnelles, amicales ou conjugales maltraitantes. Lorsque nous avons connu dans l’enfance un comportement maltraitant, que ce soit par de la violence physique, ou morale, nous ne savons pas poser des limites aux autres. Nous ne savons pas dire non, nous subissons des relations nuisibles, sans réagir. Car n’ayant pas suffisamment d’amour pour nous mêmes, nous sommes sans cesse dans la recherche de l’amour de l’autre. Ce manque de sécurité affective influence nos relations aux autres et à nous mêmes . Il  faudra un long travail pour construire cette estime de soi. C’est la base de la construction identitaire, un passeport pour la vie.

Je voudrais  demander aux personnes qui pensent que lorsque nous sommes  fatigués c’est normal de temps en temps de craquer et de donner une gifle ou une fessée. Comment font-elles pour se retenir, lorsqu’elles sont énervés par leur mari, femme, voisin, patron, collègue, automobiliste, etc….

La fessée n’éduque pas,  c’est une réponse colérique et émotionnelle face à l’impuissance à se faire obéir, l’enfant obéit par peur et non parce qu’il a intégré la demande de l’adulte. Les châtiments corporels lui enseignent au contraire que l’usage de la violence est un moyen de résoudre problèmes et conflits.

L’adulte qui frappe un enfant , a simplement lui aussi  un comportement d’enfant qui ne parvient pas à gérer sa colère, son émotion.  Ce même adulte doit subir beaucoup de frustrations à devoir se retenir et gérer son agressivité.

Sans l ‘interdiction et une prise de position claire à ce sujet,  la permission implicite que l’on donne aux parents d’utiliser la fessée, légitime alors le défoulement que cela peut produire de calmer ses nerfs en frappant.

Regardez autour de vous, dans le bus, le métro, le tram, au restaurant , combien de parents,  pour gérer un conflit,  donnent une fessée ou frappent un enfant, regardez alors le regard de l’enfant qui cherche un soutien, et qui voit les regards qui se détournent.

Continuons de rêver à un monde sans violence, en commençant par ne pas la transmettre à nos enfants. Continuons à leur dire qu’on a le droit d’être en colère, mais que c’est mal de frapper.

Montrons l’exemple.

Jacqueline Cornet « Faut-il battre les enfants ? : Relations entre les accidents et la violence éducative, Hommes et perspectives, 1997

2 commentaires sur « La fessée ou faut-il battre les enfants ? »

  1. Entièrement d’accord avec vous.
    Depuis toujours et définitivement je suis contre tout châtiment corporel…
    Le dialogue, rien ne vaut le dialogue, l’explication etc…
    Toute punition, privation etc… est une preuve de faiblesse pour ne pas dire de
    bêtise de la part de l’adulte envers l’enfant qui, lui, est totalement désarmé .
    On ne frappe une personne que l’on aime

  2. J’en ai reçu, j’en ai donné. Les pratiques violentes se justifient elles-mêmes en se transmettant d’une génération à l’autre. Alice Miller a très bien expliqué ça dans quasiment tous ses livres, notamment « C’est pour ton bien » (Ed. Aubier) où elle décortique les mécanismes de ce qu’elle appelle la « pédagogie noire ». Nous retransmettons la violence que nous recevons. Elle ne nous laisse pas d’autre choix que de la laisser rentrer dans nos pratiques d’éducation avec nos propres enfants. Elle a même ses slogans : « qui aime bien châtie bien ». Peut-être le pire proverbe de la culture française, avec sa forme paradoxale qui enferme la victime dans un choix entre soumission et culpabilité. Je pense qu’un travail sur soi, une pratique spirituelle, la méditation, le yoga, une pratique artistique (peut-être), peuvent aider à être un parent plus « acceptable ». Quelles sont les histoires, les valeurs et les personnes qui nous aident à préserver nos relations avec nos enfants de l’infiltration des violences que nous avons subies ?

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