La fraternité est t-elle innée ?

La France choquée, un traumatisme collectif, la réponse instinctive, animale, celle de se regrouper, de se regarder, de sentir de près, de renifler, vérifier que nous appartenons  à la même espèce.

Nous sommes humains , nous avons et défendons des valeurs communes. La toute première celle du respect de la vie humaine, la fraternité. Mais cette valeur, d’où nous vient-elle, est-elle le fruit d’une évolution où est-elle innée à l’humain ?

Les enfants n’ont pas de tabou, et nous sommes nous, adultes, parfois embarrassés par certaines de leurs questions. « Maman pourquoi il est tout petit, le Monsieur ? Pourquoi elle est comme ça, la dame ? Pourquoi il est noir ? Pourquoi… ? ».

Les enfants questionnent la différence, mais elle ne les dérange pas. Depuis l’enfance, ils ont observé que  nous étions tous différents, papa n’est pas maman, mamie ne ressemble pas à papi.  Ils sont familiarisés avec la différence. Ce sont nos réactions d’adultes qui vont teinter doucement leur rapport à l’autre, à l’altérité, à la différence. Nos réactions de recul, de peur face à l’étrangeté, vont créer chez eux de la méfiance ou de l’inquiétude. Dès la naissance, le bébé possède l’empathie et la compassion. Regardez comment un tout petit, lorsqu’on lui fait prendre conscience du fait qu’il a fait mal à son copain, vient de manière naturelle faire un bisou ou s’inquiéter de la peine de l’autre. Il sait qu’il a besoin des autres pour grandir. Il accueille toutes les différences avec curiosité. Il se reconnaît en reconnaissant les autres dans leur humanité. Il peut assumer ainsi sa propre différence.

C’est dans nos rôles de parents, d’éducateurs,  que nous devons aider l’enfant à développer ses qualités, et non à leur transmettre nos peurs.

Je vais vous raconter une petite histoire. Il y a 25 ans, j’habitais dans une petite commune de 1000 habitants, mon fils rentrait en CP, dans la même école où dans les années 60,  je faisais moi aussi mon école primaire. J’ai grandi dans une famille ouverte et tolérante, où il y avait toujours une place à table pour celui qui pouvait arriver à l’improviste. Ma grand mère disait alors « c’est trois fois rien, on improvise ! » je me souviens qu’à cette époque, chaque année, je voyais arriver dans ma classe des « nouveaux ». Des enfants du voyage, des forains qui séjournaient sur notre commune durant deux mois, en préparation de la grande fête foraine du village. Je me souviens que ces enfants étaient différents de nous, et que cette différence attisait ma curiosité et l’envie de les rencontrer. Ils revenaient tous les ans et nous finissions par devenir amis. Et parfois de vrais relations voyaient le jour. Il y avait aussi un petit garçon d’origine africaine dont j’étais tombée amoureuse. Ma maman racontait qu’autrefois, une fille du village était parti avec les forains. J’avoue que cela me faisait rêver.

Certains enfants de l’école, ne se mélangeaient  pas. Ils avaient des consignes de leurs parents,  « attention c’est des voleurs »,  « attention Ils ont des poux »… »Ils sont sales… »

Donc 25 ans plus tard mon fils, à son tour fait ses premiers pas dans l’école laïque, de la République. Cette année là, Sophie,  une petite fille de couleur noire comme l’ébène,  fait elle aussi, sa rentrée scolaire. Quelques semaines seulement après la rentrée, mon fils me rapporte que  Sophie se fait maltraiter par certains enfants à l’école. « Ils sont méchants, ils lui disent qui faut qu’elle aille se laver qu’elle est sale, et puis que sa maman c’est pas sa maman, ils lui disent que ses cheveux, c’est pas des cheveux. » Cette petite fille a été adoptée par un couple de femmes de type européen , lorsqu’elle avait quelques mois. Le couple était discret mais connu dans le village, où elles ne rencontraient pas de discrimination. Pourtant tout a basculé, lors de l’arrivée à l’école de Sophie.

Les paroles des adultes, non-dites ou refoulées dans l’espace public mais exprimées dans l’intimité feutrée de leurs foyers, ont ressurgi dans la bouche des enfants. Je me suis demandée alors, ce qu’il aurait fallu faire. Comment les instituteurs auraient-ils pu jouer un rôle de défenseurs de cette fraternité ? Pourquoi n’y a t-il pas eu un temps en classe pour parler du pays d’origine de cette petite fille, parler de l’adoption, peut être de l’homo-sexualité, ou au moins du droit à la différence ? Pourquoi les instituteurs ne se sont-ils pas autorisés à débattre sur les propos des enfants, sur les peurs des parents ? Sophie n’a pas terminé son CP sur la commune, ses parents ont déménagé.

La fraternité, l’amour du prochain, l’amour de l’autre, sont des valeurs humaines avant d’être des valeurs républicaines. Elles nous sont communes à tous lorsque nous dépassons nos peurs. Et elles commencent par l’amour de soi. Faire croître et protéger cet amour de soi, telle est notre mission de parents, facilitateurs de fraternité.

Un commentaire sur « La fraternité est t-elle innée ? »

  1. Comme ces paroles sont belles!! voici de belles journées qui s’annoncent!!merci, merci et à très vite, très belle journée à nous tous*MT Michez.

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