La toute puissance de l’adulte face à l’enfant.

J’ai longtemps pensé que les adultes avaient une certaine connaissance, un savoir à partager, le savoir des anciens, le partage de l’expérience.

Mais comment faire partager une expérience que l’on a oubliée..

L’expérience de l’enfant qui découvre le monde, ses us et ses coutumes, et qui découvre aussi  le langage, la propreté, la marche, autant d’étapes importantes dans son développement.

Il semblerait que lorsque nous devenons adultes, nous oublions notre statut d’enfant. Nous minimisons ce qui nous paraissait, des brimades, moqueries  ou autre injustices, pensant que nous ne nous en sommes pas si mal sortis, et que ce n’était pas si grave.

« Oui j’ai reçu des fessées et alors je n’en suis pas morte »

« Il y a fessée et fessée »

« Une petite claque cela n’a jamais fait de mal à personne »

Victor Hugo disait : « Lorsque nous frappons un animal, c’est de la cruauté. Lorsque nous frappons un adulte c’est considéré comme un acte criminel, et lorsque nous frappons les enfants « c’est pour leur bien » ».
Moi, je n’ai pas oublié. J’observe encore aujourd’hui ces mêmes comportements, attitudes, petites phrases assassines, de la part de parents , éducateurs,  qui pourtant ont eux aussi subi la toute puissance des adultes.

Cette toute puissance qu’ils portent aujourd’hui comme une armure pour se protéger de leurs souvenirs.

La plupart de ces grandes personnes, sont restées pourtant des enfants, avec leurs émotions d’enfant, leurs incompréhensions et leurs difficultés d’enfant.

Nous nous rassurons le plus souvent par le simple fait qu’en étant adulte, nous savons forcément ce qui est bien pour l’enfant « C’est pour ton bien ». *

Nous percevons les enfants comme des êtres  modelables, qui ne connaissent rien au monde, ce qui nous  confère une supériorité indiscutable.

Il faut remplir leurs petites têtes vides, de tout ce que nous pensons être important, essentiel à leur développement. Il faut les éduquer, ne pas les laisser trop libre de penser par eux-mêmes.

D’être des libres penseurs.

Car oui, je vous le confirme, l’enfant et même le jeune enfant pense, il a des idées, un regard sur le monde, et une envie de le partager.

Mais comment faire pour ne pas basculer dans ce comportement envers l’enfant, qui peut être perçu comme maltraitant, tout en partant d’une bonne intention « C’est pour ton bien ».

Peut-être par commencer par s’avouer que nous ne savons pas très bien ce que veut dire être adulte.

En dehors de la charge de responsabilités, des devoirs qui incombent à ce statut. Qu’est ce que veut dire être grand ?

Je repense à ce passage du  « Petit Prince » de Saint Exupéry, lorsqu’il rencontre ce gros monsieur qui ne sait faire que des additions, et qui répète toute la journée, « je suis un homme sérieux, je suis un homme sérieux », mais ce n’est pas un homme c’est un champignon.

J’adorais ce passage quand j’étais petite. Je m’imaginais que beaucoup de grandes personnes se considéraient comme adultes, parce qu’elles faisaient des choses sérieuses.

Aujourd’hui sous prétexte d’éducation , d’apprentissage, dès leur plus jeune âge, nous occupons nos enfants par des activités diverses et variées. Nous ne les laissons plus s’ennuyer, nous voyons aujourd’hui des enfants atteints par le stress, fatigués, avant même l’entrée en 6e.

Le rire, la joie la légèreté sont-ils réservés au monde de l’insouciance, au monde de l’enfance ?

Mais devenus « grands », ne sommes nous pas un peu jaloux et nostalgiques de ce temps là ?

Est-ce pour cela que nous voulons faire grandir trop vite nos enfants, en ne leur laissant plus le temps de jouer, le temps de vivre simplement ?

 Je terminerai par une parole entendue en décembre 2012. Rappelez vous, beaucoup d’adultes, de grandes personnes, des gens sérieux, nous annonçaient alors la fin du monde.

Dans un magasin un petit garçon de 4 ans, demandait à sa maman.

« Maman, maman, dis, pour la fin du monde on pourrait avoir du Champomy ?»

On comprend mieux, pourquoi beaucoup d’enfants ne veulent pas grandir.

* « C’est pour ton bien : racines de la violence dans l’éducation de l’enfant », Alice Miller, Ed . Aubier, 1985 Alice Miller est Docteur en psychologie, philosophie, sociologie et psychothérapeute

3 commentaires sur « La toute puissance de l’adulte face à l’enfant. »

  1. Très vrai…
    Néanmoins il est difficile de ne pas donner de fessée lorsque nous n’avons connue que cela.

  2. Merci Elisa pour ton commentaire, oui tu as raison c’est très difficile de ne pas reproduire ce que l’on a connu, car toute cette violence que nous avons ressenti durant l’enfance, a besoin de s’exprimer.
    Mais comment pourrait elle s’exprimer sans que nos enfants en souffrent à leur tour ?
    Françoise DOLTO conseillait de frapper sur un coussin, lorsque la colère venait. L’enfant est alors capable de comprendre que vous êtes envahis par cette colère, qu’elle remonte depuis très loin, et qu’il n’en est pas responsable, même si il est parfois le déclencheur. Il est bon de s’éloigner de l’enfant, de prendre le temps de souffler, de respirer afin d’essayer de gérer cette émotion qui nous envahit.
    Pour ma part, j’ai essayé de verbaliser cette colère ou violence lorsqu’elle surgissait.
    Lorsque je travaillais en ITEP (Institut thérapeutique et Pédagogique) les enfant accueillis avaient subis tellement de violence, qu’ils nous l’a renvoyé par des mots et des actes violents, nous pouvions ,en tant qu’éducateurs, se sentir vite agressés et réagir en tant qu’adulte tout puissant.
    Cette réaction n’arrangeait rien et mettait tout le monde en échec. Cela était encore plus difficile lorsque nous étions fatigués.
    J’avais pris le parti de partager avec les enfants mes sentiments, je n’hésitai pas à les informer de mes humeurs, « j’ai mal dormi », « je ne sais pas pourquoi ,mais je suis de mauvaise humeur ce matin », » je n’ai pas beaucoup de patience aujourd’hui, j’ai du mal à gérer le bruit et les cris ». Toutes ces petites réflexions partagées, engendraient une autre écoute de leur part, ils se montraient alors bienveillants à mon égard. Ils comprenaient qu’ils n’étaient pas responsable de mon humeur, et en même temps en miroir comprenaient qu’ils n’étaient pas eux non plus, responsable de leurs émotions. Mais qu’ils pouvaient apprendre à mieux les gérer en les exprimant avec des mots.
    L’important est de faire de son mieux en toute conscience.
    Laure

  3. Très bon conseil je v essayer de les appliqués
    Je travail pour changer mais c vrai que devenue un réflexe
    Et j’avais tendance a me rassurer en disant il y a fessée et fessée
    En vous lisant je me suis rappelée cette enfant brimer….
    Merci

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